
La
« propagande sociologique » au cinéma
Le sociologue
Jacques Ellul distingue deux types de propagande, la propagande
« politique » et la propagande « sociologique » : « La
première (celle des gouvernements, partis et groupes de pression) se distingue
de la seconde qui, moins visible, se rapproche de la socialisation, que l’on
peut définir elle-même comme processus d’inculcation des normes et valeurs dominantes
par lequel une société intègre ses membres ».
Ellul oppose ainsi « le caractère direct, délibéré et coercitif de la
propagande politique (que l’on trouve en priorité dans les régimes
totalitaires) au caractère "plus vaste", "plus incertain",
idéologique, "diffus", inconscient et spontané, de la propagande
sociologique. Celle-ci, que l’on répugne à désigner sous le terme de propagande
dans nos démocraties pluralistes, agit "en douceur", par
"imprégnation". Elle s’exprime par la publicité, le cinéma
commercial, les relations publiques, la technique en général, l’éducation scolaire,
les services sociaux… En partie non intentionnelle, cette propagande repose sur
ces activités multiples qui agissent de façon concordante comme un ensemble
pour inculquer un certain mode de vie. ». Inculquer
(ou reproduire) un « certain mode de vie » mais aussi un certain
ordre social, avec ses hiérarchies et ses rapports de domination.
On a un très
bon exemple de propagande sociologique avec le film hollywoodien Les évadés
(Frank Darabont, 1994), que l’on pourrait utiliser pour illustrer les analyses
du sociologue Pierre Bourdieu sur la reproduction de la domination sociale, en
particulier ses notions de « capital culturel » et de « violence
symbolique ».