lundi 20 novembre 2023

Article : "Un « holocauste climatique » provoqué par les riches et les puissants ?"

 Publication ce jour d'un nouvel article sur le site du Comptoir :

"La critique de la thèse d’un « holocauste climatique » provoqué par les riches et les puissants, défendue par la sociologue Monique Pinçon-Charlot (et reprise dans le film complotiste Hold-up), conduit à se demander pour quelle raison les riches se moquent du sort des pauvres, premières victimes d’une économie (capitaliste) qui écrase les classes laborieuses et saccage la planète."

 https://comptoir.org/2023/11/20/un-holocauste-climatique-provoque-par-les-riches-et-les-puissants/



mardi 31 octobre 2023

Critique : "Sociologie du mouvement des Gilets jaunes"

 Une belle critique de mon livre sur les Gilets jaunes ("S'engager dans la guerre des classes") :

"Le mouvement des Gilets jaunes est devenu un événement social et politique incontournable. Seule une immersion et une participation active à ce mouvement peut permettre de comprendre sa dynamique singulière. Le recul de l'analyse doit permettre de comprendre les potentialités et les limites de cette révolte spontanée."

http://www.zones-subversives.com/2023/10/sociologie-du-mouvement-des-gilets-jaunes.html

 


lundi 16 octobre 2023

Article : "Le combat féministe désarmé par la réaction néolibérale ?"

 Publication d'un nouvel article (grand public) sur le site lundimatin :

"Le combat féministe désarmé par la réaction néolibérale ?"

"L’évocation d’une possible émancipation des femmes par l’usage des armes (ou la violence) dans une série télévisée montre l’intérêt que l’on porte à la représentation des femmes et leurs combats. Cette forme de reconnaissance, dont on peut penser qu’elle est un enjeu symbolique non négligeable, pourrait toutefois être critiquée pour sa relative inoffensivité vis-à-vis de l’ordre établi et même sa possible fonction de masque des inégalités sociales dans un système néolibéral pouvant absorber toute critique qui ne le met pas fondamentalement en cause. C’est la raison pour laquelle un certain féminisme « libéral » ou « culturel », compatible avec le néolibéralisme, est la cible des attaques d’un féminisme autrement plus radical, aussi hostile à la domination masculine qu’au capitalisme."

 

 

lundi 18 septembre 2023

Article : "Existe-t-il une « police politique » en France ?"

 Publication d'un nouvel article sur le site Le Comptoir :

"Un événement survenu au cours du dernier mouvement social (contre la réforme des retraites) pourrait alimenter la thèse (complotiste) selon laquelle les violences ou dégradations constatées en manifestation seraient le fait de policiers infiltrés, dans le but de discréditer le mouvement ou incriminer des manifestants. Cette interrogation sur l’existence d’une police politique nous amène à questionner plus largement le rôle politique de la police."

 La suite ici : https://comptoir.org/2023/09/18/existe-t-il-une-police-politique-en-france/

 



jeudi 14 septembre 2023

Sociologie des Beatles

       Introduction : Le contexte dans lequel évoluent les Beatles

  Du xvie au xixe siècle, l’Angleterre est en expansion : expansion démographique, économique (accélérée grâce à la révolution industrielle et à celle des transports) et territoriale (unification du royaume et colonisation). Philippe Chassaigne parle « d’hégémonie mondiale » de la Grande-Bretagne entre 1815 et 1914, une hégémonie économique qui se « doublait d’une puissance coloniale avec laquelle aucun pays ne pouvait rivaliser : l’Angleterre était bel et bien la superpuissance mondiale en ce troisième quart de xixe siècle[1] ». Cette hégémonie commence à prendre fin à partir du tournant du xixe et du xxe siècle, au bénéfice des États-Unis. Plusieurs graves crises économiques (années 1870 et années 1930) et deux guerres mondiales diminuent grandement ses ressources. Et dès la fin de la Première Guerre mondiale, la Grande-Bretagne devient une « puissance de rang moyen[2] ». Cependant, il faut ici relativiser le déclin du pays qui reste malgré tout une grande puissance (économique et militaire). Et ce relatif déclin n’empêche nullement l’amélioration des conditions de vie de la population, en grande partie grâce aux luttes sociales des années 1930-1940. L’Angleterre connaît une période économique relativement prospère du début des années 1950 au milieu des années 1960 ; le taux de chômage ne dépasse pas 2,5 % et « les salaires réels progressèrent en moyenne de 29 % entre 1951 et 1964[3] ». La situation économique se dégrade ensuite, à la fois au niveau international (le pays se fait doubler par d’autres dans la course à l’accumulation des richesses) et au niveau national (la lutte contre les inégalités économiques s’affaiblit). C’est précisément durant cette période qu’émerge le phénomène Beatles, et plus largement celui du rock anglais, qui fera la fierté du pays. On comprend d’ailleurs pourquoi la Reine et le gouvernement valorisent le succès mondial des Beatles, qui permet de dominer culturellement (à défaut de dominer économiquement ou militairement), et de donner l’illusion d’une continuité de la domination anglaise sur le monde… Cette toile de fond socio-économique ainsi posée, quelles sont plus précisément les conditions de production de la musique populaire anglaise ?

Si l’on peut distinguer une musique « populaire » et une musique « savante » dans toutes les sociétés divisées en classes sociales comme l’Angleterre, le terme « populaire », au milieu du xxe siècle, ne renvoie plus à la même réalité sociale (et musicale) qu’un siècle auparavant. Alors que la musique « populaire » au début du xixe siècle est produite par les membres des classes populaires (paysans, ouvriers, artisans, etc.) et pour eux-mêmes, c’est plus rarement le cas dès la fin du siècle. Se met progressivement en place l’industrie de la musique de masse, une industrie (en expansion rapide au xxe siècle) qui est investie par des individus issus de différents milieux sociaux (y compris de la classe dominante pour les entrepreneurs qui font fortune grâce à elle). Les musiciens à son service bénéficient de conditions (d’apprentissage et d’exercice de leur métier) très différentes de celles des musiciens populaires amateurs du siècle précédent. Si ces conditions ne sont pas encore comparables à celles dont bénéficient les musiciens savants, elles sont toutefois bien plus confortables, et on peut légitimement se demander si cela n’a pas produit d’effets sur la valeur esthétique de leurs productions. C’est particulièrement évident dans le cas des Beatles, dont nous allons étudier la trajectoire en deux temps : 1/ les conditions d’apprentissage et leurs conditions de production jusqu’à leur tout premier succès (1940-1962) ; 2/ les conditions de leurs activités compositionnelles une fois au service de l’industrie du disque, jusqu’à la dissolution (officieuse[4]) du groupe (1963-1969). 

 


 

lundi 11 septembre 2023

Article : "De Game of Thrones à Google : servir nos maîtres avec gratitude"

paru dans lundimatin#394, le 11 septembre 202.

Résumé : Si de toute évidence, la ressemblance entre la défunte Elizabeth II, Angela Merkel et Daenerys Targaryen ne semble pas sauter aux yeux, Laurent Denave a décidé de regarder d’un peu plus près les formes du pouvoir qui se déploient dans la série Game of Thrones, et de ce que son immense succès dit d’une certaine fascination pour celui-ci. Que des millions de personnes puissent prendre en sympathie des familles royales aux pratiques et éthiques franchement douteuses et qu’il puisse exister des esclaves heureux de servir une reine juste parce qu’elle a des dragons témoigne, selon l’auteur, de la subsistance d’une légitimité charismatique du pouvoir. De Buckingham Palace en passant par le monde de l’entreprise jusqu’au canapé-Netflix, le chercheur propose une analyse en relief d’une forme de leadership qui semble avoir traversé les époques : ne soyez pas méchant, et soyez heureux d’être gouvernés.

 en ligne : https://lundi.am/De-Game-of-Thrones-a-Google-servir-nos-maitres-avec-gratitude

 


 

mercredi 12 juillet 2023

Science sans conscience politique, les savants au service du pouvoir ?

En introduction d’un échange entre deux rock-stars de la vulgarisation scientifique, Etienne Klein et Aurélien Barrau, on fait le constat suivant (en décembre 2021) :

 

« Nous vivons dans une société qui est fascinée par les sciences et la technologie. Paradoxalement, depuis quelques décennies déjà, nous entendons parler de la montée de la méfiance, voire même de la défiance vis-à-vis de la parole savante sur certains sujets et sur certaines connaissances scientifiques, le déni d’une partie de la population mondiale du changement climatique ou de l’évolution des espèces ne sont que deux exemples parmi tant d’autres. C’est dans ce contexte que depuis presque deux ans maintenant, avec la crise sanitaire, la science s’est imposée comme jamais dans les médias et dans tous nos foyers, cependant le public a été submergé par des prises de parole qui ont pu apparaître contradictoires entre médecins, épidémiologistes et experts. Beaucoup de citoyens ont été déstabilisés, et se sont questionnés sur la capacité de la science à apporter des certitudes. Dans ce flot d’information, la science dit-elle le vrai ? La parole savante serait-elle affaire d’opinion et de conviction personnelle ? Et dans ce contexte, quelle sera sa place dans la société de demain, science y croire encore ? »[1].

 

En effet, la crise sanitaire liée au covdi-19, en 2020, a mis en avant les scientifiques, tout spécialement les spécialistes des maladies infectieuses, mais elle a aussi été l’occasion d’une véritable guerre entre savants, dont certains (comme Didier Raoult) avaient leurs fans qui se sont étripés avec leurs adversaires sur les réseaux sociaux. Autrement dit, on peut à la fois se féliciter de l’intérêt général porté à la science d’un côté, mais se désoler du triste spectacle donné par certains savants dans les médias. Et se pose la question de l’autorité de la science et la confiance que l’on peut accorder aux scientifiques, étant donné les intérêts politiques et économiques gigantesques en jeu. Question tout particulièrement sensible au sujet du vaccin contre le covid, rendu quasi-obligatoire par des mesures coercitives prises par un Etat macronien discrédité par des politiques antisociales et autoritaires, et offrant des profits gigantesques aux entreprises capitalistes du soin (ayant gagné la course au vaccin) : comment pouvait-on se faire une opinion éclairée dans un tel contexte ? Les opposants au « pass sanitaire » (dont une partie était également opposée au vaccin) étaient-ils tous idiots et égoïstes, comme on a essayé de les faire passer dans les médias ? Nous avons encore en mémoire un certain nombre de scandales sanitaires (sang contaminé, médiator, etc.) et plus récemment des ouvrages[2] ont bien montré les stratégies de certaines industries (énergie, pétrole ou tabac notamment) pour tromper le public à propos de questions importantes (comme le réchauffement climatique). En payant directement des scientifiques pour produire des études conformes à leurs intérêts, un doute raisonnable s’est transformé en suspicion généralisée. Il serait donc légitime de se demander si les scientifiques sont tous « à la solde » du pouvoir (politique et économique) ou manipulés par ce pouvoir (pour les plus crédules d’entre eux)… Mais ce serait mal poser le problème ou n’en voir qu’une partie, car le rapport entre production scientifique et reproduction de la domination sociale est bien plus large (et cruel) qu’on ne le pense. Je vais essayer de le montrer ici, à propos des sciences sociales. 

 


 

vendredi 2 décembre 2022

La valeur des Beatles (texte intégral)

 Mon livre, La valeur des Beatles, au croisement de la philosophie de l'art, de la musicologie et de la sociologie, est disponible en accès libre : https://books.openedition.org/pur/182574

"Peut-on encore prendre le risque de déterminer la qualité, l’originalité et la valeur politique des chansons du groupe le plus applaudi de l’histoire du rock ? Tel est le projet de cet ouvrage qui esquisse une évaluation de l’oeuvre des Beatles, suivie d’une analyse sociologique de la formation et de la carrière des membres du groupe. Cette analyse met en lumière le lien entre la valeur de leur production musicale et ses conditions de production. Sont ainsi examinés l’apprentissage des deux compositeurs principaux du groupe (Lennon et McCartney), le parcours du combattant pour se faire connaître, leurs conditions de vie et de travail, les contributions artistiques de leur producteur George Martin et de leurs compagnes, Yoko Ono notamment. Il s’agit finalement de répondre aux questions suivantes : la musique populaire, dans sa forme la plus réussie, et la musique savante peuvent-elles être d’égale valeur ? L’oeuvre des Beatles a-t-elle marqué l’histoire de la musique occidentale ? Peut-on dire comme le compositeur et chef d’orchestre Leonard Bernstein : « Les Beatles sont les Schubert de notre temps » ?"



samedi 17 septembre 2022

Bourdieu à Hollywood : Les évadés, un exemple de propagande sociologique

 

 


 La « propagande sociologique » au cinéma

 Le sociologue Jacques Ellul distingue deux types de propagande, la propagande « politique » et la propagande « sociologique » : « La première (celle des gouvernements, partis et groupes de pression) se distingue de la seconde qui, moins visible, se rapproche de la socialisation, que l’on peut définir elle-même comme processus d’inculcation des normes et valeurs dominantes par lequel une société intègre ses membres »[1]. Ellul oppose ainsi « le caractère direct, délibéré et coercitif de la propagande politique (que l’on trouve en priorité dans les régimes totalitaires) au caractère "plus vaste", "plus incertain", idéologique, "diffus", inconscient et spontané, de la propagande sociologique. Celle-ci, que l’on répugne à désigner sous le terme de propagande dans nos démocraties pluralistes, agit "en douceur", par "imprégnation". Elle s’exprime par la publicité, le cinéma commercial, les relations publiques, la technique en général, l’éducation scolaire, les services sociaux… En partie non intentionnelle, cette propagande repose sur ces activités multiples qui agissent de façon concordante comme un ensemble pour inculquer un certain mode de vie. »[2]. Inculquer (ou reproduire) un « certain mode de vie » mais aussi un certain ordre social, avec ses hiérarchies et ses rapports de domination[3].

 On a un très bon exemple de propagande sociologique avec le film hollywoodien Les évadés (Frank Darabont, 1994), que l’on pourrait utiliser pour illustrer les analyses du sociologue Pierre Bourdieu sur la reproduction de la domination sociale, en particulier ses notions de « capital culturel » et de « violence symbolique ».